Creative Common, libre ou pas libre, toujours la même question
Par ttoine, mardi 18 juillet 2006 à 23:22 :: Tribune :: #78 :: rss
Après les éternels débat stériles éternels sur les licences libres appliquées à l'art, dont certaines comme les Creative Common sont jugées non libres par les codeurs, qui, rappelons le, sont les initiateurs de ces fameuses licence libres... j'en ai marre de revoir régulièrement ceux qui pronnent le fameux RTFM relancer le fameux débat auquel il y a déja tant de réponses sur les forum et mailings lists sur le net, et qu'ils pourraient justement prendre le temps de lire une bonne fois.
Rootix, créateur de la radio "Libre Attitude" et modérateur sur LinuxFR a lancé un débat sur le forum de Jamendo suite à une réaction encore une fois postée par un codeur pour tenter de remettre les artistes et les licences libres qui leur ont été créés par Creative Common "à leur place", comme on dit.
Je vous propose donc de lire ma réaction à ces interrogations, synthèse des débats animés auquel je participe régulièrement avec toujours un brun de ras le bol en tant qu'artiste musicien, bassiste dans un groupe de rock, et grand amateur du web, quoique sans être ce qu'on appeler un geek.
Tout d'abord, et ce au risque qu'on pense que je veux tout ramener à l'argent, je voudrais rappeler combien coûte un enregistrement, ce qui me semble une donnée importante.
En gros, en dehors du matériel de home studio et des instruments virtuels assez accessibles, il est bon d'expliquer le budget que représente le matériel nécessaire à un enregistrement.... Pour du rock, en citant quelques modèles de référence, comptez 1000€ pour une basse fender, 2000 € pour une guitare PRS, ajoutez entre 1500 € et 3000 € par ampli, une batterie à 4000 €, etc.... ça vous donne une base. Ensuite, il faut les moyens de les enregistrer : un micro de studio peut coûter à lui seul plus de 1000 €, son pré-amp aussi, ne parlons pas de la table de mixage, et des inévitables convertisseurs D/A si on veut travailler avec un ordinateur pour le mix.
Bref, vous comprendrez aisément qu'une journée de studio coûte en entrée de gamme dans les 200 € ht, grand minimum, pour un petit studio, si bien sûr on est propriétaire de ses intruments de musique et qu'on a pas besoin d'en louer. J'ajouterais que pour enregistrer correctement 2 titres, il faut au moins 4 jours de studio entre les prises instrus, voix, le mix et le master, à condition d'être à la base de bons musiciens et de bien connaitre ses morceaux pour ne pas perdre de temps.
Vous vous rendrez compte d'une chose assez évidente : si produire de la musique est aussi une question de temps, d'expérience, de technique, tout comme coder des logiciels... l'investissement pécunier est lui, à titre personnel pour les musiciens, beaucoup plus important qu'un pc ou un terminal.
A cela, j'aimerais ajouter une deuxième élément : la modification... A l'heure actuelle, compte tenu des bandes passantes et des moyens que nécessitent toujours les enregistrements, il me parait présompteux de penser que l'on puisse modifier un morceau de musique comme on peut le faire avec un code source de logiciel. En effet, il faut savoir que les pistes originales d'un morceau de 5min enregistré dans un Pro-Tools, ou même un Ardour, en qualité professionnelle, ça peut peser sans problème 800 Mo..... Qu'il faut en plus avoir les moyens de ré-enregistrer les modifications que l'on veut apporter, et bien sûr de refaire le mix et un nouveau master.... (reprenez les paragraphes précédents)
Etant un musicien qui pronne la musique libre et qui converti régulièrement des artistes au libre (des photographes, des peintres, etc...) ou encore, qui participe à l'utilisation des LL dans des associations ou chez des particuliers peu fortunés, j'adore le concept de "diffusion libre" que permettent les licences libres, y compris les licences CC nc ou nd.
De fait, vous vous rendrez compte que même en étant un passioné de musique, produire un morceau, l'arranger ou le modifier est plus qu'un investissement personnel, et en ce sens, je comprend que l'on puisse avoir envie de diffuser sa musique librement (ce que ne permet pas la sacem, par exemple) pour que les gens l'écoutent. Mais en même temps, je comprend aussi que l'on puisse refuser que quelqu'un créé un revenu commercial sans l'autorisation du créateur, à partir d'un travail fait par des gens qui n'ont rien à voir avec l'entreprise qui va dégager le bénéfice. Voilà à mon sens l'utilité de la CC nc.
Pour la CC nd, c'est plus subjectif... Créer une oeuvre d'art, c'est une synthèse de culture, d'expériences, et d'émotions personnelles à un moment donné. Permettre un dérivé, une reprise d'un morceau, ou autre, c'est autoriser que l'on modifie le sens que l'artiste à voulu donner à son oeuvre... Aussi, je respecte le fait que cette clause peut être mal écrite, dans le sens où il est pas toujours évident de savoir qu'on ne peut pas recadrer une image pour la mettre en fond d'écran. Mais peut-être qu'en recadrant cette image, vous enlever un morceau du sens de l'oeuvre, comme si vous enleviez les premières et dernières ligne d'une page de code... Ca ne peut pas fonctionner, et c'est là tout l'intérêt de la licence CC nd : protéger l'oeuvre tout en permettant sa diffusion.
Pour conclure, je pense qu'avant de critiquer, il faut aussi penser que tout est perfectible et que c'est pas pour rien que la licence GPL évolue aussi régulièrement. En ce sens, il faut laisser du temps à CC pour parfaire ses textes, et faire des remarques constructives pour leur permettre de le faire. Les licences CC permettent déjà une chose énorme qui n'éxistait pas dans l'art avant leur arrivée : permettre la libre diffusion d'une oeuvre, tout en contrôlant son utilisation, et c'est en cela qu'il faut les regarder, pas forcément comme des licences permettants tout travail sur l'oeuvre.
Voilà, j'espère ne pas avoir été trop long ou trop incompréhensible, et je pense que je repasserai relire à froid pour corriger d'éventuelles boulettes inévitables dans ce genre d'articles long.
Bien à vous,
Toine
Commentaires
1. Le dimanche 15 octobre 2006 à 22:30, par jm
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